Suite à la proposition de décret du ministre Marcourt visant à réformer le système de représentations étudiantes au niveau communautaire,
le Bureau des Etudiants Administrateurs et 24 autres représentations étudiantes ont publié une carte blanche dans le Soir du 17 mai.
Nous vous la reproduisons intégralement ci-dessous :
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Le Ministre de l’Enseignement, Jean-Claude Marcourt, part en croisade au pas de charge pour imposer la démocratie en Terre Etudiante. Invoquant l’amélioration de la participation et de la démocratie dans le mouvement étudiant, le Ministre-Templier et son Cabinet choisissent d’assujettir aussi bien les organisations étudiantes locales que communautaires – comme la FEF et l’Unécof – en inventant les nouvelles règles d’un « décret participation ». Celui-ci régirait la représentation étudiante dès la rentrée 2012.
Nous ne pouvons accepter que les étudiants soient ainsi foulés au pied par le Ministre Marcourt.
Ne tournons pas autour du pot : le projet présenté par le Ministre est, tant sur la forme que sur le fond, une insulte aux objectifs qu’il affiche. En déposant un tel projet, Jean-Claude Marcourt démontre en réalité son total désintérêt pour une quelconque démocratie participative dans l’enseignement supérieur.
D’abord sur la forme. Cet avant-projet arrive sur la table en période de blocus avec la volonté de voter le décret avant fin juin. Le précédent décret « participation » fut le fruit de deux années de construction et de négociation entre les organisations étudiantes et la Ministre de l’époque. Aussi, proposer une réforme durant les périodes de blocus et d’examens revient en réalité à nous bâillonner. Le Ministre Marcourt a le portefeuille de l’enseignement supérieur depuis deux ans. Pourquoi donc cet empressement soudain ?
Sur le fond ensuite. Les critiques sont nombreuses. Toutefois, notre souci principal est que le décret consacre la déconnexion des organisations locales de l’organisation représentative communautaire (ORC). Alors qu’actuellement, ce sont les organisations locales - élues directement par les étudiants - qui s’affilient aux ORC, le projet prévoit que ce soient les étudiants qui choisissent directement l’organisation représentative communautaire. En contournant ainsi les organisations locales, le Ministre balaye en réalité la démocratie et la participation étudiante. Il dépieute les représentations locales en les empêchant de porter leurs voix au niveau communautaire. A l’encontre du Ministre, nous considérons que l’implication des délégués étudiants locaux est essentielle à la représentation des étudiants et au fonctionnement des organisations communautaires.
Les critères présents dans l’avant-projet de décret du Ministre prévoient la possibilité de reconnaître jusqu’à neuf organisations communautaires. Machiavel aurait prétendu au « diviser pour mieux régner ». En outre, nous pensons courir le risque d’atomisation de la représentation étudiante en exacerbant les tendances sous-régionalistes et corporatistes. Car quelles que soient les critiques qui peuvent leur être adressées, les organisations représentatives communautaires ont toujours placé leur action dans l’optique d’une défense des intérêts de tous les étudiants.
Si le mouvement étudiant est considéré comme Infidèle dans la croisade lancée par le Ministre-Templier, il est toutefois fidèle aux étudiants et aux principes de démocratie. Les organisations signataires ne sont pas opposées au changement. Mais elles veulent en être les acteurs, non les victimes.
En conclusion, trois règles devraient présider à tout changement. Premièrement, c’est aux organisations étudiantes, et à elles seules, de définir leur mode de fonctionnement. Deuxièmement, la réforme devrait maintenir un lien entre les organisations représentatives des étudiants au niveau communautaires et les conseils des étudiants de chaque institution. Troisièmement, toute réforme devrait prévoir des dispositions visant à garantir la représentativité « communautaire » de toute organisation reconnue et non la reconnaissance d’organisations corporatistes ou sous-régionalistes. La Fédération Wallonie-Bruxelles n’a certainement pas besoin d’augmenter la puissance de ses forces centrifuges.
En contradiction totale avec chacun de ces trois principes, le projet actuel démontre un mépris total pour le monde étudiant. Si la réforme est adoptée en l’etat, M. Marcourt gagnera sans aucun doute le titre de pire Ministre l’enseignement supérieur des 15 dernières années. Cet « évènement » serait anecdotique s’il ne se faisait au risque de mettre fin à toute idée de représentativité étudiante dans l’enseignement supérieur.
La démocratie se construit, elle ne s’impose pas. Parole d’Infidèles."